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Le blog du cinéma sans langue de bois...
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Un verre à moitié vide
Donner un petit frère à 28 jours plus tard : le défi était de taille. Souvenez-vous de ce film brillant, violent, sans concession qui réinventa totalement le concept de survie dans une Grande-Bretagne ravagée par une rage transformant les Brits en créatures féroces. Au four et au moulin, le génial et incompris Danny Boyle (accompagné de son scénariste fétiche Alex Garland). Vous savez, Danny Boyle, réalisateur dont la simple évocation au cours d'une discussion entre potes engendre toujours cette réaction en chaîne : "Trainspotting ? waw, trop cool ce film, surtout quand le bébé y marche au plafond, La Plage ? oh, la, la, trop nul ce film, c'est vraiment un truc pour djeuns débile !" Pathétique. Enfin bref.
Disons d'emblée que Juan Carlos Fresnadillo, réal du très trippant Intacto n'a pas su gérer jusqu'au bout un film qui a pourtant le mérite de super bien commencer. L'insoutenable chapitre d'ouverture, idéalement filmé - caméra à l'épaule au plus près d'un groupe de survivants -, pose cash une question cruciale, existentielle : jusqu'où est-on prêt à aller pour sauver la vie des gens qu'on aime, sans mettre en danger la sienne ? La scène est troublante, car l'identification avec Don, le héros - un lâche -, est automatique. Avec effroi, on se dit qu'on aurait peut-être agi pareil, qu'on aurait fui...
28 semaines plus tard, le virus est maîtrisé. Londres se repeuple peu à peu. Don (campé par un Robert Carlyle nickel) a survécu. Le poids de la culpabilité le ronge, le mensonge transpire dans chacune de ses expressions... On était venu pour voir des zombies et de la survie, et on se surprend à vouloir que ce drame intimiste supplante la trame principale. Bouleversante est la séquence qui place Don face à sa propre culpabilité. So far, so good...
Don (Robert Carlyle) fuit pour sauver sa vie et pas celle des
autres
Paradoxalement - à moins que ceci n'explique cela - c'est au moment où le virus réapparaît - on ne dira pas comment - que le film perd tout son intérêt : en trente secondes l'émotion tombe à plat, et les enjeux qui donnaient corps à l'histoire disparaissent. What the fuck ?
Le scénario frise alors la disparition pure et simple et utilise la grosse ficelle du "code rouge" : les-méchants-militaires-perdant-le-contrôle-de-la-situation-dézinguent-tout-le-monde-y-compris-les-non-contaminés. Waw, quelle originalité ! Dire que certains critiques bien-pensants en arrivent à écrire que la partie militaire est magistralement gérée par Fresnadillo, y voyant même une métaphore de la guerre en Irak ! Mais qu'ils cessent de voir des métaphores partout !!!
Scénaristiquement parlant, le "code rouge" ne tient pas la route : l'armée n'est sans doute pas une entité brillant par sa subtilité, mais aucun état-major ne prendrait la stupide décision de buter tout le monde sans réfléchir. C'est juste primaire, à peine digne d'un téléfilm du dimanche aprèm. Dans 28 jours, les militaires n'étaient pas jugés par Boyle : la survie avait juste pris le dessus sur leur part d'humanité. En deux mots, ils étaient devenus des bêtes sauvages, un peu comme les contaminés : c'est ce qu'on appelle une correspondance scénaristique, et ça démontrait toute l'intelligence du scénario.
Le
gentil sergent, un raccourci archi déjà vu...
Clairement, 28 semaines est scindé en deux parties bien distinctes (drame intimiste/répression militaire) à l'instar de son prestigieux aîné 28 jours. Mais contrairement à Fresnadillo, Boyle a parfaitement su faire le pont entre les deux.
Dans sa seconde partie, donc, Fresnadillo pête son câble : intrusion de scènes gore totalement hors-sujet, intervention du gentil sergent (on notera que c'est toujours un sergent) - certes campé par un très attachant Jeremy Renner. Et, félonie suprême, la soporifique scène du métro - même pas digne d'un mauvais Fort-Boyard - qui affecte de façon irréversible le rythme du film. Le climax est expédié vite fait mal fait - l'émotion a disparu des bobines depuis déjà trop longtemps. Le métrage ose même un twist final ridicule, filmé à l'arrache, qui pourrait bien flinguer la franchise... Rien à voir avec la fin de son prédécesseur, un trésor d'ambiguïté dans son genre.
28 semaines demeurera un grand moment de frustration. Zapper le concept de survie et le remplacer par la culpabilité permettait, subtilement, de ne pas faire doublon avec le premier volet. Il aurait sans doute fallu tenir le filon jusqu'au bout. Mais Fresnadillo a abandonné son bébé au milieu du parcours. Comme un lâche.
3/6
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