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Le blog du cinéma sans langue de bois...
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L'album CD : une espèce en voie de dispararition
C'est d'abord l'expression d'un regret. Aujourd'hui, on télécharge en masse les musiques qu'on adore. On aura beau dire ce qu'on voudra, retourner le problème dans tous les sens ou chercher des vieilles excuses, le fait est là : la généralisation du downloading tue à petit feu l'industrie musicale (il faut comprendre les majors ET les artistes). Mais pas seulement. Avec le téléchargement, on est en train d'assister à la mort lente d'un support qui, de façon extraordinaire, réalise la synthèse de compositions a priori hétérogènes : l'album. Parce qu'une chanson, arrachée de ce sein maternel, de cette structure cohérente qu'est l'album, perd une partie de sa quintessence.
Mais attention, l'album ne doit pas penser, dans sa lente agonie, que le downloading est à l'origine de tous ses maux ! Comment reprocher à Untel de télécharger un morceau d'un album, si, l'ayant écouté en totalité chez un disquaire, il juge que les autres chansons sont nazes ? Car artistes et majors ont trop souvent recours à la formule : album = un tube + dix chansons pourries (pour un disque comprenant onze titres, donc).
C'est beaucoup trop facile, et c'est d'autant moins excusable que de nombreux artistes se tuent à la tâche pour nous offrir des albums parfaits du début à la fin, ou presque. En voici une liste, non exhaustive. Est-il nécessaire de préciser qu'elle est êxtremement subjective (le mot le plus vide de sens de la langue française, tant il confine au pléonasme paroxystique) ? Une chose est sûre : les types qui ont créé ces albums ne se foutent pas de la gueule du monde. Objectivement.
Daft Punk / Discovery
Quand on l'écoute, c'est un peu comme dans un rêve. On repense à des soirées d'été. Chez des amis, en boîte de nuit, autour d'un feu sur une plage. Peu importe. L'émotion pointe, peu à peu, le bout de son nez. On frissonne. On a la larme à l'oeil. On est transporté, par les saccades de Harder Better Faster Stronger, par le tournoiement de Crescendolls ; on est ému, par la profondeur de Digital Love, par la nostalgie de Something About Us. Discovery : Un chef d'oeuvre d'une densité et d'une limpidité rarement atteintes, qui confine à coup sûr à l'Universel - à quand une statue ? C'est tellement fluide qu'on a l'impression d'entendre une seule chanson. Sans faute de goût, ni fausse note. L'archétype de l'album parfait. (Voir à ce propos le sublime Interstella 5555, l'animé qui marie parfaitement la musique de Daft Punk à l'esthétique de Leiji Matsumoto, le créateur d'Albator.)
VAST / Visual Audio Sensory Theatre
Un jour, vous avez peut-être vu au cinéma la bande-annonce française de La Plage. Une musique assez singulière accompagnait les images du film - excellent au demeurant. Vous l'avez peut-être entendue sur une radio rock, aussi. Elle s'intitulait Touched, et c'était le morceau tubesque du premier album de Vast, un groupe - ou plutôt un homme, un Californien répondant au doux nom de Jon Crosby, sachant manier tous les instruments - qui sort vraiment, mais alors vraiment de l'ordinaire. Mêlant les influences les plus diverses - Joy Division, The Cure, sonorités orientales, chants grégoriens (!) - Vast prend aux tripes grâce à un mélange accrobatique de rock alternatif, musique industrielle, new-age, classique transcendés par la voix profonde (Flames) et envoûtante (You) de Jon Crosby. Onze chansons parfaites en tout point, d'une densité qui invite à les réécouter en boucle pour les redécouvrir inlassablement sous un jour nouveau. Les mots ne suffiront jamais à transmettre l'impact émotionnel de cette expérience quasi mystique. Un must-have.
PS : Music For People (plus axé new-age) et Nude (influences orientales et asiatiques plus présentes) ont suivi de près ce magnifique album. On croit écouter les deuxième et troisième chapitres (magiques eux aussi) d'une même histoire, comme si le tout formait une seule et même chanson. Un chef d'oeuvre de cohérence.
New Order / Get Ready
New Order, pour faire simple, c'est ce qu'est devenu Joy Division après le suicide du chanteur Ian Curtis en 1980. C'était déjà pas mal, mais en changeant de nom, le groupe mancunien a comme qui dirait customisé toutes ses qualités. C'est simple, cet album - Get Ready, donc - est un ovni. Et il porte bien son nom. Parce qu'une fois parti, ça ne s'arrête plus, c'est orgasmique, ça vous fait bondir avec joie dans la salle de bain dès potron-minet. A l'image de morceaux aux titres binaires vraiment percutants (Vicious Streak, Close Range, Run Wild), Get Ready s'impose comme une oeuvre d'une précision chirurgicale à la rythmique irréprochable, et démontre toute son audace via le survitaminé Someone like you et tout son peps avec le pétaradant Primitive Notion. Une virilité nuancée par le planant Slow Jam, où la voix nasillarde de Billy Corgan (l'ex chanteur des Smashing Pumpkins) fait écho à celle, précise et vaporeuse, de Bernard Sumner. Bref, des morceaux pop-rock géniaux, qui nécessitent bien sûr une trentaine d'écoutes pour en saisir la subtile ponctuation. Puissance, profondeur et pureté : c'est évident, New Order demeure la plus fascinante mécanique pop que le rock ait enfantée depuis les Beatles, Oasis et Radiohead, la sophistication technologique et la spontanéité rock en plus.
Rage Against The Machine
Aujourd'hui encore, Rage Against The Machine demeure la plus grande claque assénée à la planète rock en mariant intelligemment rap et hardrock. Créateur d'un véritable hymne à la rébellion dénoncant les crimes du gouvernement américain (Know Your Enemy, Killing In The Name), on aurait tort de réduire RATM à un groupe surfant artificiellement sur la vague djeuns contestataire (style Manu Chao) pour asseoir sa notoriété, à défaut de produire de la vraie musique. Car la réussite des Rage est avant tout due à un quatuor audacieux et stylé qui sort des sentiers battus : Zach de la Rocha, chanteur décomplexé, survolté, révolté. Talentueux au point de nous faire frissonner (Settle For Nothing), même quand il beugle des insanités (Bombtrack) ; Tom Morello, le guitariste le plus révolutionnaire depuis Hendrix, qui, à l'écoute, a vraiment l'air de prendre son pied (Fistful Of Steel) ; Tim C., le bassiste le plus groovy et le plus reconnaissable de la planète (Township Rebellion) et Brad Wilk, l'infatigable batteur (Bullet In The Head) qui n'a rien à envier à Lars Ulrich (Metallica). Rien à jeter dans cet album. Chaque piste, en plus d'être géniale, a sa part de singularité. De la colère, de l'excitation, de l'émotion. A chaque morceau, c'est un sentiment nouveau qui s'empare de nous. Le produit fini, à l'image du flow de l'éternel Zach de la Rocha, est unique.
Pink Floyd / The Dark Side Of The Moon
Trente millions d'exemplaires vendus. Soit le quatrième plus grand succès musical de tous les temps. Ce n'est assurément pas usurpé. The Dark Side Of The Moon, c'est un enchaînement de titres qui nous plongent littéralement dans une léthargie bienfaisante. The Great Gig In The Sky : une improvisation de Clare Torry sur un morceau préenregistré à qui le groupe avait donné pour seule indication : "Pense à la mort, à l'horreur et chante". Elle a présenté ses excuses en partant parce qu'elle pensait avoir mal chanté. Elle venait de donner naissance, en toute simplicité, au morceau le plus fou, le plus juste et le plus touchant du groupe. Fou, juste et touchant... Des adjectifs qui, au fond, peuvent se rapporter à toutes les pistes de l'album (Breathe, Us and them...). Sinon, il y a aussi Any colour you like, un psychotrope planant qui étire notre esprit à la façon d'un travelling compensé de caméra. Bref, une expérience inoubliable qui résonne dans l'encéphale jusqu'au bout de la vie. Tout simplement.
Voilà pour un top cinq mûrement pensé...
Sinon, dans un top dix pourraient sûrement figurer :
Michael Jackson / Thriller
Un album absolument monstreux, parfait en tous points (au fait, pourquoi n'est-il pas dans le top cinq...). "The King of Pop", c'est bien trop peu. Michael, c'est sans doute le plus grand artiste que la Terre ait jamais portée.
The Smashing Pumpkins / Mellon Collie and The Infinite Sadness
La voix nasillarde de Billy Corgan demeurera à tout jamais inoubliable... Cela valait bien (oh que oui !) un double album.
Frou Frou / Let Go
Du Dido (c'est déjà vachement bien) en mille fois mieux ! Plus stimulant et optimiste, tu meurs.
Sigur Ros / Agaetis Byrjun
Des chants venus de nulle part et qui touchent vraiment très, très, très profond...
Metallica / Master of Puppets
Du metal (ha ha) à l'état pur (hu hu) pour des morceaux d'une bravoure inégalable.
Nirvana / Unplugged in New York
On ne sait pas si on a déjà été aussi ému par un live... Kurt, tu es parti trop vite.
The Goo Goo Dolls / Dizzy up the girl
Un diamant brut. Du rock porté par une Fender cristalline et une voix (John Reznik) incroyablement poétique et lyrique qui donnent des frissons.
Euh... ça fait plus de dix, là...
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