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Le blog du cinéma sans langue de bois...

Mardi 28 novembre 2006 2 28 /11 /2006 18:39

B(l)ond aux yeux bleus

Pour voir le meilleur James Bond, il aura donc fallu attendre le vingt-et-unième épisode ? Ironie du sort, Casino Royale, écrit en 1953, est pourtant le premier roman de Ian Fleming mettant en scène le mythique agent secret. Certes, le roman avait déjà fait l'objet d'une adaptation cinématographique. On avait ainsi bien ri (ou pas) devant la version parodique de Val Guest (1961), avec Peter Sellers, David Niven et Woody Allen. Toutefois, le film de Martin Campbell (déjà réalisateur du très correct Goldeneye avec Pierce Brosnan) montre combien il était NÉCESSAIRE de passer aux choses sérieuses.

Être un agent secret. On en a tous rêvé. Pour briser des complots. Pour parcourir le monde. Pour le sauver, à sept seconde près. Mais au fond, on n'a jamais rêvé d'être James Bond. Parce que Bond est insensible (il n'a jamais pleuré la mort d'une James Bond girl), blasé (la cruauté des crapules qu'il affronte ne l'émeut même pas) et cynique (constamment en mode foutage de gueule, on ne sait jamais ce qu'il ressent vraiment). Dans Casino Royale, le nouveau, on fait connaissance avec un autre Bond, ou plutôt, ce qu'il était avant de devenir celui qu'on connaît. A de nombreux égards, donner le rôle à Daniel Craig était la plus brillante des idées.

On a entendu beaucoup de bêtises et de préjugés quant au choix de ce dernier pour incarner James Bond. Trop musclé, trop blond, trop petit... Réflexe pathologique du fan incapable de s'émanciper du dogme ancestral : Brun, poilu et macho. Tout un programme !

Daniel Craig est blond aux yeux bleus et presque imberbe. Et pourtant, seul un acteur de ce calibre pouvait apporter ce qui a toujours manqué à Bond : un supplément d'humanité. Un homme avec ses doutes et ses faiblesses - c'est ainsi qu'on imagine un agent secret à ses débuts -, sans qu'on puisse pour autant le qualifier de mauviette. Car de la virilité, Craig n'en manque pas (l'espion n'en a peut-être jamais eu autant). Il faut admirer à ce titre la scène d'ouverture : une poursuite musclée, ultra réaliste - un vrai pied de nez, en fait, à tous les James Bond qui lorgnaient un peu trop près de la science-fiction - et sans temps mort, qui s'achève par un flingage en règle dans une ambassade d'un pays d'Afrique. Qui a dit pas assez viril ?!

Daniel Craig est James Bond : permis de continuer

Parallèlement (c'est fou comme c'est bien fait !), Le Chiffre (Mads Mikkelsen, un acteur danois encore inconnu du grand public), sorte de banquier privé du terrorisme international, est certainement le bad guy le plus charismatique depuis Trevelyan dans Goldeneye (tiens, tiens...), et sans doute le plus pervers depuis... depuis quand déjà ? Pour s'en convaincre, il suffit de se rapporter à la séance de torture, insoutenable et géniale, où Le Chiffre fait passer un sale quart d'heure aux parties intimes de notre espion préféré - c'est qu'on commence à s'attacher à lui.

Et dire que la scène la plus jouissive du film n'est même pas une scène d'action, mais bien une partie de poker monumentale au Casino Royale, donc, au Monténégro. La dernière occasion pour Le Chiffre de se renflouer après que Bond a fait échouer un de ses plans. Un duel au sommet - mis en scène avec brio - entre deux ennemis qui se rendent coup pour coup. Bond sera ainsi victime d'un empoisonnement et ne devra sa survie - sa résurrection ? - qu'à l'intervention de Vesper Lynd (sublime Eva Green), attachée au Trésor britannique, chargée de surveiller les mises et les relances astronomiques de l'agent secret.

Vesper Lynd et James Bond. Chaud devant !

Eva Green... la première James Bond girl dotée d'un cerveau, ET surtout d'un coeur. Le parfait complément de Daniel Craig, au fond. Oui, parce que la meilleure scène de Casino Royale - de tous les James Bond ? - est une scène d'amour - et pas une scène d'action - qui vaut à elle seule la vision du film, et qu'il faut prendre le temps de décrire : entre deux parties de poker, Bond tue deux bad guys, in extremis, grâce à l'aide de Vesper Lynd. La jeune femme a du sang sur les mains. Dans tous les sens du terme. Sous la douche, elle tente de se nettoyer. Mais qu'il est difficile de se purifier de l'intérieur... Alors Bond - ou plutôt Daniel Craig - la rejoint. Se déshabille-t-il ? Non. Il garde sa chemise. Une chemise qu'il venait juste de changer, après la sanglante bagarre. « J'ai du sang sur les mains », sanglotte-t-elle. Il la rassure. « J'ai froid. » Lui fait-il l'amour sous la douche ? Eh non. Il l'enlace tendrement puis, doucement, tourne le robinet d'eau chaude... En un magnifique plan-séquence, Martin Campbell a cassé un mythe. Pour notre plus grand bonheur. Et montre par la même occasion qu'il a définitivement pris de la bouteille depuis Goldeneye.

Qui aurait pu prédire que Bond allait un jour nous arracher une larme ? Qui aurait pu croire qu'un blond aux yeux bleus, imberbe de surcroît, allait reléguer Sean Connery au second rang - ça y est, c'est dit ! - du Panthéon des interprêtes de l'espion au service de sa Majesté ? James Bond a fini sa crise d'ado, et Casino Royale, première aventure de l'agent secret, est paradoxalement le film de la maturité.

L'issue de Casino Royale ne laisse que peu d'espoir quant à un épanouissement encore plus affirmé. On sent que Bond va glisser vers ce côté obscur dont on ne voulait déjà plus jamais entendre parler. Mais, au moins, pendant un instant, on aura donc vu ce qu'aurait pu (dû) être notre Bond. Parce que c'est ça aussi, le cinéma : Une émotion fugitive qui, peut-être, ne se reproduira jamais.

C'est drôle, j'ai re-envie de devenir espion.

5/6

Par Baptiste - Publié dans : Des films trop stylés (ou pas)
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